Ancienne parisienne partie au bout de la France, je raconte mon petit bout de chemin. A la maison, nous sommes 5, Polochon, le Cromignon, la Pouillette, l'homme et moi. Ca en fait des histoires! Adepte du portage, des couches lavable, de l'éducation non-punitive, du no-poo, des cosmétiques clean, maman allaitante mais pas militante, randonneuse dans l'âme et dans les pieds, et plein d'autres trucs encore...
L'allaitement, ce sujet qui divise. Qui mène parfois à des situations absurdes, voire violentes. Et pourtant.
La méconnaissance du fonctionnement de l'allaitement, souvent même dans le corps médical, est souvent la source de bien des malentendus, des idées fausses, des disputes et des fins d'allaitement non souhaitées.
A l'ère d'Internet roi pourtant, les informations peuvent aujourd'hui être trouvées, c'est dommage.
J'ai eu la chance en 74 mois d'allaitement pour mes 3 diablotins de ne pas entendre beaucoup de mythes, de conseils non sollicités ou d'injonctions. J'en ai toutefois entendus quelques-uns, et pour être sur des groupes de soutien à l'allaitement, et parler pas mal allaitement autour de moi, qu'est-ce qui peut circuler quand même...
-tu as de petits seins. Tu ne pourras pas allaiter.
Scoop: aucune incidence. Et je connais des femmes avec un mini bonnet A qui ont allaité également sans aucun souci.
-tu as la peau très claire. Tu ne pourras pas allaiter.
Et pourtant aucun souci non plus. Comme toutes ces Suédoises, ces Norvégiennes, ces Danoises...aux peaux encore plus claires que moi et dont les familles ne se sont pas éteintes pour autant faute de pouvoir nourrir leurs bébés, pendant ces millénaires d'humanité précédent l'arrivée des préparations en poudre pour bébés.
[Alors que j'avais des crevasses, pour Cromignon, discussion avec le pédiatre de la maternité pour la visite de sortie:]
Pédiatre: -il a repris son poids de naissance en 4 jours, l'allaitement marche bien.
Moi: - mais j'ai des crevasses douloureuses, j'en avais eu pour la grande sœur mais juste 2/3 jours, à ma sortie de maternité c'était quasiment guéri. Que faire?
-Ah? Eh bien passez au biberon.
[ah oui, merci. C'est comme si on consultait pour des problèmes de digestion et qu'on nous répondait: "arrêtez de manger".]
Le souci venait d'une mauvaise succion de bébé. Une visite chez une animatrice Leache League m'a permis d'arranger ça, et Cromignon a pu aller jusqu'au sevrage naturel.
-Ah, moi je n'ai pas pu allaiter. J'étais trop fatiguée.
Toute jeune mère est fatiguée. L'allaitement n'est pas fatiguant, c'est la maternité qui est fatigante. Un bébé, ça fatigue. Je pense que préparer des biberons (en pleine nuit...), les nettoyer, se rajouter la charge mentale d'avoir du stock de lait en poudre, parfois galérer pour trouver une marque qui convient à son bébé, c'est également bien fatiguant. Quand on sort, devoir trimballer ce matériel en plus alors qu'on est déjà bien chargé...alors qu'avec l'allaitement, tout est prêt, à la bonne température, adapté pile ce qu'il faut. La nuit, je me réveillais à peine.
Sans oublier que l'allaitement n'est pas que nutritif. Il permet aussi de réconforter bébé quand il pleure pour d'autres raisons. Ainsi, on a bien moins de pleurs, et je préfère rester dans mon canapé avec bébé au sein qu'arpenter ma maison en berçant pour calmer un bébé hurlant sans qu'on sache trop pourquoi. C'est tout de même bien moins fatiguant.
[Par la pediatre de la PMI, pour la visite des 1 ans de Cromignon]
-Vous allaitez encore? Après 1 an ça ne sert plus à rien.
Ah. Alors pourquoi donne-t'on encore des biberons, qui sont un substitut à l'allaitement? Pourquoi donner du lait de vache transformé si le lait maternel ne sert plus à rien? Il sert toujours à nourrir bébé, aussi longtemps qu'il en a besoin.
[Par mon médecin traitant, alors que Polochon avait 2 ans et demi et que je consultait parce que j'avais une angine]
-Vous allaitez encore? Bon là, il va falloir arrêter pour se soigner.
Alors qu'elle me soignait jusque là sans souci, et que la plupart des médicament pour les angines sont compatibles allaitement (comme la grande majorité des médicaments d'ailleurs), ou alors on peut en choisir un autre sur Le Crat.
-Je n'ai pas pu allaiter. J'ai eu une césarienne.
Moi aussi. J'en ai même eues 3. Ce n'est pas un obstacle. Au pire, la montée de lait a lieu un jour plus tard que quand on accouche par voie basse. Et même si on a une anesthésie générale, on peut allaiter dès qu'on récupère ses moyens.
-Tu vas te faire opérer? Tu vas devoir tirer ton lait pendant 48h ensuite avant de pouvoir reprendre l’allaitement.
Mythe. Selon l’anesthésiant utilisé, on peut même allaiter directement en remontant de la salle de réveil, si on s'en sent capable. Ces heures 2'h, parfois on entend 48h, sont les protocoles d'assurance des hôpitaux qui n'ont rien à voir avec la réalité. J'avais demandé à mon anesthésiste le nom des substances injectées, fait des recherches sur Le Crat et E-lactancia, demandé confirmation à une amie médecin IBCLC. Ainsi j'ai découvert que je pouvais sans risque allaiter mon Polochon, qui avait 16 mois, dès mon retour à la maison, soit 8h après l'opération. Quoi qu'en dise l'interne qui supervisait ma sortie et qui m'a balancé que je n'avais qu'à faire ce que je voulais et qu'elle s'en lavait les mains.
-Il tête encore à 6 mois? Vous allez en faire un pervers.
Je ne m'y attendais pas à celle-là. Je suis restée muette. Je pense que prêter des intentions sexuelles, envers sa mère en plus, à un bébé de 6 mois, c'est un signe qu'on a plutôt soi-même un souci.
Cependant c'est sans doute la conséquence de la sexualisation à outrance du corps des femmes et de la poitrine féminine dans notre société. Rappel: la poitrine des femmes n'est pas plus un organe sexuel que celle des hommes. Elle n'est sexuelle que dans le cadre de la sexualité.
Pour le moment je n'en n'ai plus en tête, mais je reviendrais sans doute t'en raconter d'autres dans quelques temps, car ces mythes et incidents sont innombrables!