Ancienne parisienne partie au bout de la France, je raconte mon petit bout de chemin. A la maison, nous sommes 5, Polochon, le Cromignon, la Pouillette, l'homme et moi. Ca en fait des histoires! Adepte du portage, des couches lavable, de l'éducation non-punitive, du no-poo, des cosmétiques clean, maman allaitante mais pas militante, randonneuse dans l'âme et dans les pieds, et plein d'autres trucs encore...
Il y en a eu des choses depuis mon dernier billet ici.
Il y a eu cet accouchement catastrophique qui me tire des larmes rien qu'à l'évoquer. Et ce bébé qui a planté son regard venu d'ailleurs dans le mien. Ce regard disait: "Tout va bien maman maintenant. Je suis là, tout va bien".
Il y a eu ce premier peau à peau direct après sa naissance, sa première tétée et puis les autres. La découverte de l'allaitement sans douleur dès le début. Tout en douceur, comme s'il savait parfaitement comment faire pour ne pas me blesser. Il y a eu ces mots que j'ai dit sans savoir pourquoi: "je te fais confiance".
Il y a eu mon corps comme un martyr qui ne répond plus, qui n'en peut plus, qui ne veut plus qu'on lui fasse des trous, mes veines qui ne se laissent plus percer, mes bras et mes cuisses couverts de bleus. Mon ventre transpercé d'agrafes, oui, d'agrafes putain!
Mon pauvre corps qui a mal, mais qui a pourtant fait ce bébé magique.
Il y a eu ce bébé qui est une évidence comme jamais rien avant lui ne l'avait été. Jamais les mots "je ne sais pas comment j'ai pu vivre sans lui" n'ont eu autant de sens.
Je le comprends si bien. Il me comprends aussi. Enfin je crois.
Il y a eu l'homme qui est devenu ce père de famille nombreuse merveilleux et bienveillant, malgré la fatigue, malgré la course et le fait d'être sur tous les fronts à la fois. Il me rend si fière.
Il y a eu le Cromignon devenu grand frère comme un chef, qui est tombé raide dingue d'amour devant ce bébé au point d'etre jaloux non de lui mais de moi: il veut que ce bébé soit le sien! Il lui rapporte chaque jour des petits trésors de l'école, petits cailloux, feuilles...Dans sa classe, la maîtresse a préparé une belle affiche avec tous les élèves pour faire un cadeau d'accueil au petit frère et Cromignon ne se sent plus de fierté.
Il y a eu la Pouillette totalement gaga qui n'arrête pas de canarder le bébé de son appareil photo. Qui veut le balader et le montrer à ses copines.
Il y a eu la chienne qui m'a acceuillie comme une reine en me faisant la fête de ma vie. Et qui reste perplexe devant ce nouveau petit maître.
Il y a eu ces moments difficiles où je me suis, je nous ai, sentis isolés. Et ces moments bien plus chouettes qui m'ont montré que non, on ne l'était pas parce qu'on a de chouettes copains.
Il y a eu ce soir d'horreur parisienne où j'ai suivi ce qui se passait, incrédule, sur Facebook depuis mon téléphone. Qui m'a fait relativiser mes petits malheurs bien risisbles face à ce déferlement de violence. J'ai passé la moitié de la nuit à envoyer des SMS et à attendre les réponses des proches qui, Dieu merci, sont tous sains et saufs. Quelle chance.
Il y a eu ce jour où je suis rentrée chez moi avec ce joli bébé. En fauteuil roulant jusqu'à la voiture, savourant le soleil, le vent, la lumière...après avoir passé une semaine sans autre horizon que cette chambre rose. En espérant pouvoir bientôt marcher comme avant.
Il y a la vie maintenant à cinq, et je n'ai plus peur.